L'Espagne, toujours en course pour réaliser un historique triplé Euro 2008-Mondial 2010-Euro 2012, domine la plupart des classements statistiques du tournoi et semble alors plus favorite que jamais. A cela près que le football n'est pas qu'une affaire de chiffres et qu'une impression étrange se dégage au terme des trois premiers matches de la Roja.
Un malaise palpable dans les rangs des journalistes espagnols après le succès 1-0 contre la Croatie lundi à Gdansk. Un malaise, aussi, qui rend les représentants de la presse internationale un brin perplexes au moment où Vicente Del Bosque quitte la conférence d'après-partie.
Le paradoxe est de taille. Avant les deux dernières rencontres du groupe D de mardi soir, l'Espagne pointait en tête de la plupart des classements particuliers. Meilleure attaque avec 6 buts et co-meilleure défense avec la France en n'ayant plié qu'une fois, la Roja était également la formation ayant obtenu le plus de corners, ayant réussi le plus grand nombre de tirs cadrés et, bien entendu, affichait la meilleure possession de balle à 63% (40 minutes par match en moyenne), le tout en explosant absolument tous les records de passes tentées et réussies.
«Nous avons souffert»
A l'aune de ces statistiques, difficile de formuler clairement ce malaise ambiant. A tour de rôle, les journalistes ont essayé de trouver les bons mots, de mettre Del Bosque sur la voie, de lui forcer la main. Sans succès. Le sélectionneur, fidèle à lui-même, est demeuré droit dans son discours. «Ce fut une victoire difficile parce que la Croatie a fait un très bon match, en bouchant les espaces et en nous empêchant de jouer. Nous avons souffert. Nous n'avons pas été aussi propres que d'habitude, notamment sur les premiers contrôles de balle qui doivent faire la différence.» Voilà pour l'explication.
Personne n'a osé se risquer à demander à Del Bosque s'il n'avait pas, lui aussi, l'impression que quelque chose ne tournait pas totalement rond. Les chiffres, que le Salmantino maîtrise plutôt bien, auraient vite fait de repousser toute attaque ou toute critique.
«Aucun argument»
Le football est toutefois au moins autant affaire de statistiques et de calculs que de ressenti et de sensations. Que ce soit avec Torres ou avec Fabregas devant, l'Espagne domine, manipule son adversaire, exerce son contrôle. Rien à redire à cela. Mais à voir la Roja essayer d'entrer dans le but avec le ballon, à voir les Barcelonais (trop ?) longtemps tourner autour du pot comme s'ils cherchaient Messi pour conclure, on se dit que les champions du monde et d'Europe jouent peut-être avec le feu.
Pas pour Del Bosque. «Nous avons notre style, notre projet, notre philosophie. Il n'y a que comme cela que nous pouvons jouer ! Nous n'avons pas le droit de douter. D'ailleurs, ceux d'entre vous qui doutent ne me présentent aucun argument concret.» Le sélectionneur espagnol a visé juste et a raison. Pour l'instant.
Par Julien Pralong/ Gdansk
Source: ATS

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